Qui étaient les Mérignargues ?

Léopold Mérignargues

© CNMN / Vincent Montel

La figure de Léopold Mérignargues est représentative de cette frontière floue entre sculpteur, ornemaniste, créateur d’objets d’art, propre à la pratique de la sculpture entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Issu d’une longue dynastie de tailleurs de pierre, Léopold Mérignargues se forme au métier de marbrier avant d’ouvrir son propre atelier de sculpture dans les années 1880.

Il est statuaire, réalisant de nombreux portraits de notables locaux. Il réalise aussi des monuments funéraires, alliant un savoir-faire entre marbrerie et sculpture. Sa principale activité concerne les arts décoratifs en qualité d’ornemaniste. Rosaces, consoles, cartouches, rosettes, médaillons, écoinçons, agrafes ou cheminées sont tout autant d’éléments que Léopold peut proposer à la vente.

Ainsi conçoit-il les décors de nombreux appartements, tant à Nîmes que dans différentes villes du sud de la France. Mais c’est aussi en tant qu’artiste sculpteur qu’il présente différentes œuvres lors des Salons organisés par la Société des Amis des Arts de Nîmes. Parallèlement, Léopold Mérignargues mène une carrière de professeur de modelage à l’École des Beaux-Arts de Nîmes dès 1893 et jusqu’à sa mort en 1916.

 

Marcel Mérignargues

C’est dans l’atelier familial et auprès de son père que Marcel Mérignargues s’initie à la sculpture. Il complète sa formation à l’École des Beaux-Arts de Nîmes puis se perfectionne à l’École des beaux-arts de Paris. Il intègre l’atelier de Antonin Mercier (1845-1916). Son parcours est prometteur : il obtient près de 28 mentions et récompenses dans différents concours. C’est au plus prestigieux d’entre eux, le prix de Rome, que Marcel tente à plusieurs reprises de s’illustrer. Il y parvient en 1914 : il est nommé parmi les logistes, cependant, le concours est annulé à cause de l’entrée en guerre de la France. Marcel est ensuite mobilisé jusqu’à la sortie du conflit en 1919. 

© CNMN

Il travaille en tant que portraitiste au musée Grévin à Paris, musée dédié à l’illustration des grands faits d’actualité. Il réalise par la suite de nombreux monuments aux morts pour différentes villes dans le Gard, comme Alès, Bellegarde, Aimargues, etc. Marcel poursuit parallèlement sa carrière de sculpteur et présente régulièrement des œuvres entre 1924 et 1956 dans différentes expositions : le Salon des Artistes Français, le Salon d’Hiver ou l’Exposition du Groupe des Artistes de son temps, et même à l’étranger. La Seconde Guerre mondiale donne un coup d’arrêt à sa carrière.

 

Au cours des siècles, des moulages ont été réalisés ou recherchés par des collectionneurs, ainsi que des ateliers et des académies. En effet, les moulages ont connu des fonctions très diverses. Ils rendent compte de la fortune d’œuvres, tels les modèles antiques dont le moulage permettait de pallier la rareté. Le moulage a aussi été utilisé dans le cadre de l’enseignement, des figures d’écorchés ou des modèles reconnus pour la culture artistique des élèves.


L'histoire d'un père et d'un fils

L'admiration d'un fils au-travers de la sculpture

L’admiration que Marcel voue à son père s’exprime à travers sa production, notamment par son utilisation constante du plâtre, matériau qui peut renvoyer au travail d’ornemaniste de Léopold.
Au cours de sa formation, Marcel immortalise l’image de son père dans la matière à de multiples reprises. L’omniprésence de la figure paternelle dans le travail de Marcel traduit son affection pour celui qui fut autant son père que son maître.

SEV'MIMOSART

© Université de Montpellier Paul-Valéry / William Martin et Floriane Spaccapelo

Sculpteur, ornemaniste, Léopold est également professeur de moulage à l’École des Beaux-Arts de Nîmes à partir de 1893. Il représente pour Marcel un mentor et un exemple à suivre dans les étapes de sa formation. Lorsque le père et le fils sont séparés, leur relation persiste à travers de nombreux échanges. 

Pour le concours du Prix de Rome de 1914, Marcel choisit de présenter une sculpture illustrant La Mort de Léandre. Tout au long de la conception de son œuvre, Marcel photographie certaines étapes de la création qu’il fait parvenir à son père afin d’obtenir un regard critique sur son travail. Le jugement du maître apparaît tout aussi essentiel que l’approbation du père.

L'artiste et la guerre

Le déclenchement de la Première guerre mondiale en 1914 marque un tournant pour la scène artistique, dont la scène sculpturale. Une période traumatique pour nombre de personnes, elle influença durablement une pluralité de personnes et d’artistes.

Marcel Mérignargues n’échappe pas à la mobilisation et se retrouve lui-même propulsé en plein coeur du conflit et ce, dès ses débuts

Le carnet de guerre de Marcel : son expérience au front...

Après avoir effectué son service militaire le 6 aout 1904, Mérignargues est mobilisé en août 1914 au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il précise dans son carnet son affectation au sein du 54ème RI qui combat sur le front de la Meuse. Il raconte alors son quotidien dans les tranchées : les offensives, la mort, les déplacements, les bombardements ou encore l’ennui. Si le parcours de Mérignargues est singulier, il participe néanmoins à une expérience commune, celle  de la guerre « moderne ».

 

Marcel vit la guerre telle que tous les poilus l’ont vécue, à travers les coups de canon. Il contient d’ailleurs des éléments assez récurrents propres à la guerre de position : des offensives meurtrières où chaque avance ou recule.

© CNMN / Vincent Montel

© Flore César

... et sa pratique du dessin

Le carnet de Marcel Mérignargues se distingue par la présence de dessins illustrant pour la plupart de jeunes soldats aux profils variés. La position des dessins, au début du carnet, semble indiquer ou du moins supposer que Mérignargues les composa entre le 19 et le 25 Août 1914, dates respectives de son entrée au sein de son corps d’armée et de son départ pour le front actif. Il est important de souligner la dimension spéculative de ces dessins compte-tenu d’une multiplicité de facteurs comme la présence de pages volantes au sein du carnet, mais également de toute absence d’indications spatio-temporelles et contextuelles concernant la création de ces dessins, l’identité des personnes dessinées et leur relation avec Mérignargues

© Flore César

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